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La société que nous vivons

Le vrai pouvoir


Résumé

On a facilement tendance à croire que le pouvoir est entre les mains des hommes politiques et notamment du président de la République et du gouvernement. Si c'était le cas, l'alternance des hommes ou des partis "au pouvoir", provoquée par les élections successives, devrait se traduire par des changements radicaux dans la condition sociale du peuple.
Or c'est toujours une majorité de citoyens qui, par leur travail et leur consommation, procure à une minorité de riches leur richesse et... leur pouvoir. Preuve que le vrai pouvoir est ailleurs.
Ce sont les multinationales, associées aux dirigeants des banques centrales qui décident de l'avenir du monde. Les gouvernants officiels ne sont qu'un des rouages du système.

 

Sondage: Qui détient le vrai pouvoir?

Selon un sondage IFOP publié le 31.10.2018 les Français ont le sentiment que le vrai pouvoir est détenu par

  • les marchés financiers (54%)
  • les grandes multinationales (49%)
  • le Président de la République et son gouvernement (49%)
  • la commission européenne (28%)
  • les citoyens électeurs (8%)

85% des sondés s'estiment dépossédés de leur pouvoir par des représentants qui font des promesses mais qui sont soumis à la finance et aux milliardaires de l'économie.

Cette déception les amène à se désintéresser des urnes et à se tourner vers "autre chose": le populisme et les extrêmes.

Source Ouest-France

 

 

Le pouvoir de l'Etat se dilue

Le vrai pouvoir devrait -- à l'évidence -- être celui de l'Asemblée Nationale, le pouvoir des représentants élus par le peuple pour faire La Loi. Les pages précédentes nous ont montré qu'il n'en est rien. Le pouvoir de l'Assemblée Nationale n'est, en réalité que lustre et apparence. Le jeune député François Ruffin l'illustre avec humour, mais surtout avec réalisme, dans une lettre ouverte au président de la dite Assemblée Nationale.

 

Les règles fixées par l'U.E. (traité de Maastricht (1992), pacte de stabilité et de croissance (Amsterdam, 1997 ; Bruxelles, 2005) imposent aux pays participant à la monnaie unique européenne une discipline économique et budgétaire visant à empêcher les déficits publics supérieurs à 3 % du produit intérieur brut.

Les déficits budgétaires résultent des décisions politiques, notamment en ce qui concerne les dépenses publiques comme

  • la politique salariale dans la fonction publique
  • le financement de travaux inutiles et coûteux
  • les cadeaux faits aux entreprises:
    ---> Réduction du taux de l’impôt sur les sociétés de 33,3% à 28 %
    ---> Réduction des charges dites patronales
    ---> CICE (crédit impôt compétitivité emploi)
    ---> Plan de sauvetage des banques
    , sans contrepartie, financé depuis 2008 par les deniers publics.

Déficit public de la France
Déficit public de la France en % du PIB Source: Wikipedia

 

Traités de libre échange transatlantiques:
Le transfert opaque du pouvoir de l'Etat vers les multinationales

Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement, ou Accord économique et commercial global) est un accord commercial entre l’Union européenne (UE) et le Canada.
Le TAFTA (en anglais TTIP Transatlantic Trade and Investment Partnership) est un accord commercial entre l’Union européenne (UE) et les USA.

Les objectifs de ces accords commerciaux internationaux sont nombreux; ils visent
---> à réduire les droits de douane,
---> à faire disparaître les "barrières réglementaires" au commerce,
---> à libéraliser au maximum le commerce entre les Amériques et l'Europe. Les accords permettraient, par exemple, l'entrée en Europe des poulets lavés au chlore, des bœufs nourris aux hormones et des OGM.
---> à "harmoniser" par le bas les droits acquis par le monde du travail, droits vus par les magnats de l'économie comme un obstacle à la poursuite de leurs profits,
---> à donner aux multinationales investissant dans un pays étranger la possibilité de porter plainte contre un État qui adopterait une politique publique contraire à leurs intérêts,
--->
à instaurer une nouvelle juridiction supranationale et privée, pour règler les différends qui naîtraient entre investisseurs privés et États.

Les négociations CETA comme TAFTA, initiées dès avant l'an 2000 ont été menées dans le plus grand secret, entre fonctionnaires de l'UE, du Canada et des Etats Unis. Le citoyen, premier concerné par les conséquences de tels accords, en particulier par le contenu de son assiette, est tenu à l'écart de ces accords. L'opacité est la règle.

Seule contre tous, la Wallonie résiste aux pressions et demande des comptes. Voici ce qu'en dit Paul Magnette, le ministre-président socialiste de la Wallonie (Belgique) le 24.10.2016:

"Il y a un vrai problème avec la manière dont on négocie ces traités commerciaux. Il y a un vrai problème. Et ceux qui, aujourd'hui, ne le comprennent pas sont en train de préparer une crise du commerce bilatéral (...). En 2001, souvenez-vous, l'OMC nous dit : "On ouvre le cycle de Doha, un nouveau grand cycle de libéralisation multilatéral"... formidable, ouvert... on fait des grandes négociations secrètes, mais on prépare une petite salle dans le coin où les ONG peuvent faire semblant d'être tenues informées. Et, de temps en temps, on vient leur faire coucou, en leur disant: "ça va, vous voulez bien encore un peu d'eau, encore un peu de café?", mais sans rien leur donner comme véritables éléments d'informations et sans débats. Bien, ça ne marche pas et ça ne marchera plus jamais".

 

L'économie a pris le pouvoir au politique

Force est d'admettre que c'est l'économie (entendue comme la possession des moyens de production + le travail humain) qui crée les produits tant industriels que consommables. C'est l'achat et la consommation des produits par les uns qui créent la richesse des autres.

L'accumulation de richesse vient du déséquilibre entre la valeur réelle des produits (= la valeur de la matière première ou du service + la valeur du travail qui y est inclus) et le prix auquel sont vendus ces produits ou services. La différence constitue le bénéfice. Le bénéfice est la conséquence d'une tromperie sur la valeur et équivaut donc à un vol.

La richesse ou la fortune d'un acteur économique est l'accumulation de tels bénéfices.

Il n'est pas besoin de sortir de St Cyr pour comprendre que la richesse permet d'acheter toutes sortes de choses (y compris des consciences) auxquelles le citoyen lambda n'a pas accès. La richesse donne des pouvoirs.

Les 10 plus grandes entreprises mondiales (Source: Fortune)
Chiffre d'affaires 2014 en milliards de dollars
Walmart (Grande distribution) USA
482
State Grid (Electricité) Chine
330
China National Petroleum
300
Sinopec Group (Pétrochimie) Chine
294
Royal Dutch Shell (Pétrole) Pays Bas-UK
272
Exxon Mobil
246
Volkswagen
237
Toyota Motor
237
Apple
234
British Petroleum
226

 

Les 10 plus grandes entreprises Françaises (Source: Wikipedia)
Chiffre d'affaires 2015 en milliards de dollars
Emplois
Total
143
96.000
Axa
129
98.000
BNP Paribas
112
182.000
Société Générale
108
151.000
Groupe Carrefour
87
381.000
Crédit Agricole
84
71.000
EDF
83
156.000
Engie
76
155.000
PSA
61
187.000
Auchan
60
338.000

 

Les 5 premières fortunes mondiales (Classement Forbes 2017) Domaine Fortune en milliards de dollars
Bill Gates Microsoft 86 milliards
Warren Buffet Coca Cola - Gillette 75,6 milliards
Jeff Bezos, Amazon 72,8 milliards
Amancio Ortega Zara 71,3 milliards
Mark Zuckerberg, Facebook 56 milliards
Slim Helu, Téléphonie fixe 54,5 milliards

 

Les 10 premières fortunes françaises (Classement Forbes 2017) Domaine Fortune en milliards d'euros
Bernard Arnault LVMH 41,5 milliards
Liliane Bettencourt L'Oréal 39,5 milliards
Serge Dassault Dassault 16,1 milliards
François Pinault Kering 15,7 milliards
Patrick Drahi Audio visuel 13 milliards
A&G Wertheimer Chanel 11,8 milliards
Emmanuel Besnier Industrie laitière 11,3 milliards
Xavier Niel Free 8,1 milliards
Carrie Perrodo Perenco 6,3 milliards
Vincent Bolloré Transport, média 5,2 milliards

 

Il suffit de rapprocher ces chiffres du budget annuel de l'Etat Français (400 milliards d'euros environ) pour comprendre que les pressions exercées par le gouvernement pour sauver des emplois ne font pas toujours le poids.

 

Pouvoir économique et chantage à l'emploi sont les nouvelles armes du patronat:

A Florange, le magnat de l'acier, Lakshmi Mittal, impose en 2013 l'extinction des hauts-fourneaux.

A Amiens, en 2008 Dunlop restructure et veut imposer le passage au "4 x 8" un système qui fait alterner quatre équipes par périodes de huit jours au lieu des "3 × 8" pratiqués jusqu'ici. En cas de refus, Dunlop prévient qu'il présentera un plan social comportant 478 suppressions de postes.

Même scénario chez Goodyear qui appartient au même groupe Goodyear-Dunlop Tires France; La CGT refuse de signer une restructuration: 478 licenciements.

 

Les lobbies au service des intérêts économiques: les mercenaires du patronat

Un lobby (On parle aussi de groupe d'intérêt ou de groupe d'influence) est un groupe de pression qui tente d'influencer les lois, les réglementations, l'établissement des normes (industrielles par exemple), les décisions..., pour favoriser ses propres intérêts, économiques en général.

En France ils sont entre 2.000 et 3.000, à Bruxelles dix fois plus....

En 2018, sur les 298 collaborateurs des cabinets ministériels du gouvernement Philippe, 43 étaient d'anciens employés de cabinets de lobbying, dont 4 sur les 9 que compte le ministère du travail, dirigé par Muriel Pénicaud. Plusieurs lobbyistes professionnels sont aujourd'hui députés ou sénateurs, à l'exemple d'Hervé Maurey, Sénateur de l'Eure depuis 2008 après avoir dirigé M et M Partner et Altédia Santé, deux puissants cabinets de lobbying parlementaire. Wikipedia
On peut également citer Thierry Coste, lobby pour la Fédération Nationale des Chasseurs, à l'origine de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement Philippe. Lire à ce sujet le dossier de France Info.

 


Le pouvoir passe de l'économie à la finance

Nous avons vu que les banques peuvent créer de la monnaie à partir de rien et prêter plus de 10 fois la valeur de leurs réserves réelles. En utilisant et en spéculant sur la confiance de leurs clients ils fabriquent ainsi des bulles creuses de toute valeur réelle et bâtissent des fortunes par de simples jeux d'écriture (monnaie scripturale).

De même, sur les places boursières, le marché des flux financiers électroniques représente actuellement 25 fois la production mondiale de richesses. Source: Les Echos

Nous avons aussi vu, plus haut, que la succession des déficits budgétaires vient gonfler la dette publique, obligeant les états à recourir à l'emprunt. Qui dit emprunt dit intérêts des emprunts, lesquels viennent s'ajouter au déficit.

Vient le moment où les financeurs exigent des remboursements. Lorsque le budget de l'état ne le permet pas, ou pas suffisamment, il n'y a grosso modo que deux solutions possibles:
--->augmenter les impôts et autres prélèvements... et du même coup le mécontentement populaire,
--->vendre des actifs c'est-à-dire privatiser des biens nationaux.

C'est de cette manière que la Finance s'approprie le pouvoir politique (Voir l'exemple de la Grèce). Dans ces conditions les gouvernements sont confrontés à la double nécessité: Prélever l'impôt et combattre le soulèvement de leurs propres populations, pour satisfaire le pouvoir de la finance.

 

Les conséquences

Le processus de mondialisation se traduit par des accords commerciaux entre les principaux acteurs économiques. Dans ce processus, les Etats ont une marge d'influence réduite et voient leur pouvoir tranféré vers des administrations et des organisations non élues. Le public ne reçoit aucune information et n'a aucun pouvoir sur les décisions qui sont prises.

Les politiques libérales conduisent à l'endettement et rendent nécessaire le recours aux emprunts pour financer la dette publique. Les intérêts des emprunts s'ajoutant au poids de la dette amène les gouvernements à recourir aux privatisations pour combler une part du déficit.

C'est le cercle vicieux qui conduit au démantèlement progressif des services publics et au transfert des services de l'Etat vers le domaine privé.

Le vrai pouvoir n'est pas là où on le croit!
Lorsque nous élisons un Président de la République ou des députés nous pensons élire des personnes qui vont nous représenter et défendre nos intérêts. Nous pensons que ce sont eux les vrais détenteurs du Pouvoir.
Malheureusement nous nous trompons. Le vrai pouvoir est détenu par l'élite possédante, celle qui tient en mains les grands groupes industriels, celle du monde de la finance, celle qui détient aussi les medias. Nos représentants ne sont, pour la plupart, que des pantins manipulés par les groupes de pression de tous bords. Ces groupes de pression paient des représentants, les lobbyistes, pour harceler en permanence ceux qui sont présentés comme les décideurs officiels: le Président de la République et les membres du gouvernement. Les "affaires" qui émaillent régulièrement la vie publique et politique témoignent de la corruption des décideurs, de droite comme de gauche, pour satisfaire les intérêts privés de l'élite sur le dos du peuple tout entier.


Une autre voie est-elle possible?

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