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La laïcité

Actualité:

Le 09.04.2018 Emmanuel Macron au cours d'un discours devant la Conférence des évêques de France au collège des Bernardins à Paris: "Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l'Église et l'État s'est abîmé et qu'il nous importe à vous comme à moi de le réparer".
Le
plus choquant est que, le 26.06.2018, Emmanuel Macron soit allé chercher auprès du pape François son titre de "premier et unique chanoine honoraire de Latran". Par cet acte, au lieu d'être le premier représentant de la Laïcité, le président de la République Française s'est fait le curé du pape.

Commentaire:

La loi de 1905 a établi le principe de séparation des Eglises et de l'Etat. Selon cette loi, reprise en préambule de la Constitution, la République ne reconnait aucun culte.

Une telle prise de position n'est pas celle du citoyen Macron mais celle du Président de la République. Elle engage la République. Elle constitue non seulement un retour en arrière sans précédent, mais aussi une atteinte gravissime à la laïcité.

Le pouvoir des rois de France s'est toujours heurté au pouvoir de l’Église; pourtant la religion catholique a toujours occupé une place prépondérante en France.

Selon le gouvernement, et plus particulièrement selon les services du premier ministre: "La laïcité n'est pas une opinion parmi d'autres mais la liberté d'en avoir une. Elle se traduit par la liberté des convictions de chacun et l’égalité de tous devant la loi, quelle que soit sa religion".

Une telle présentation de la laïcité est très restrictive. Une laïcité ainsi définie est réduite à une simple neutralité. Or, la laïcité ne peut se résumer à une neutralité. La laïcité est une indépendance totale de toute religion et de toute doctrine qui s'y apparente. De ce fait, elle doit combattre toute tentative par la religion d'influencer la gestion des affaires publiques, mais aussi d'influencer, chez l'individu, toute tentative de développement de la pensée rationnelle.

Une telle présentation est seulement l'expression constitutionnelle de la laïcité. Et chacun sait que la Constitution n'a pas été rédigée pour donner le pouvoir au citoyen. A ce sujet il serait bon de se rappeler que les bases de cette Constitution ont été rédigées sous l'influence d'un certain abbé Sieyès.
(Voir aussi les deux pages qui sont consacrées à la Constitution: 1 et 2.)

C'est la Révolution française qui a posé les bases de la séparation entre l’État et l’Église.

Se dégager du pouvoir de la religion
Ce que voulaient les révolutionnaires c'était bien plus que la liberté pour les citoyens d'avoir des convictions et de choisir leur religion. Ils voulaient reprendre à la religion tout le pouvoir qu'elle exerçait sur les citoyens depuis des siècles.

Mais il faudra attendre les lois Ferry pour rendre l'école gratuite (1881), l'instruction obligatoire et pour imposer un enseignement laïc dans les établissements publics (1882).

Et patienter encore jusqu'en 1905 pour que la République s’affirme laïque et que la religion soit définitivement reléguée au domaine privé. L'article 2 de cette loi ne reconnait aucun culte.

Article 2: La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes. Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

 

Laïcité et école

Le combat pour la laïcité s'est souvent focalisé sur la lutte entre l’école publique et l’école privée. La laïcité à l’école publique s’est peu à peu imposée, sans cependant remettre en cause l’existence d’écoles privées (loi Falloux, 1850). Pourtant, la loi Debré de 1959, constituera un retour en arrière - une contradiction, même - et contribuera à affaiblir à nouveau la laïcité en permettant à l'Etat de subventionner les écoles privées sous contrat.

La contradiction:
Comment l'Etat peut-il affirmer sa laïcité en énonçant d'une part que "
La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (Loi de 1905 article 2)" quand il subventionne d'autre part le financement des enseignants des écoles confessionnelles sur le budget de l'Education Nationale?

 

Avec plus de 4 millions de musulmans l’Islam, deuxième religion de France, tente à son tour de reprendre l'avantage avec la question du foulard islamique, manifestation symptomatique d'une question plus importante: la contestation du modèle républicain et la revendication de droits spécifiques, au sein même de l'enceinte scolaire...
La morale laïque y perd en visibilité; elle a du mal à remplir son rôle de repère, de fédérateur national.

Pourtant, selon un sondage IFOP du 09.12.2015, les français restent très attachés au principe de laïcité qu'ils jugent important aussi bien à l'école (87%) que pour l'identité de la France (84%). Mais la laïcité leur apparaît aujourd'hui beaucoup plus en danger (81%) qu'il y a dix ans (58%).

Ils adhèrent à 85% à la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles à l'école et ne sont plus que 23% à voir d'un bon oeil l'autorisation de construire des lieux de culte.

La laïcité n'est pas une nouvelle religion. Elle ne doit pas autoriser le mélange des manifestations religieuses quelles qu'elles soient avec les manifestations de l'Etat. Faute de quoi le principe de laïcité n'existe plus.

Ainsi, une crèche de noël représentant la nativité (que ce soit sous la forme de santons de Provence ou autres) est un signe manifeste de la religion catholique. Dès lors, sa présence dans tout lieu public constitue, non seulement une entorse à la laïcité, mais aussi une discrimination vis-à-vis des autres religions.

Pour les mêmes raisons, le port de signes religieux ostensibles dans les lieux publics devrait être purement et simplement banni, qu'il s'agisse de foulards dits islamiques, de croix catholiques ou autres médailles et signes discriminants.


Le saviez-vous? Depuis la loi de 1905, les sonneries des cloches sont réglées par arrêté municipal. Le maire règle "les cloches des églises dans l’intérêt de l’ordre et de la tranquillité publique".


Le saviez-vous? La loi de séparation des églises et de l'Etat de 1905 ne s'applique pas à l'Alsace et la Moselle du fait de leur rattachement à l'Allemagne lors du vote. L'Etat y reconnaît et organise les cultes catholique, luthérien, réformé et israélite et permet à l'Etat de salarier les ministres de ces cultes. Les ministres (prêtres, pasteurs, rabbins…) des quatre cultes reconnus sont des fonctionnaires payés par l'Etat (Ministère de l'Intérieur). L'accord Lang-Cloupet de 1993 a aligné la rémunération des évêques sur celle de la catégorie A de la fonction publique française. Les évêques de Metz et Strasbourg sont nommés par décret du président de la République après accord du Saint-Siège.
Bénéficient également d'un statut dérogatoire: Mayotte, la Guyane, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie et Wallis-et-Futuna.


Pour aller plus loin: voir la page consacrée à la religion

la religion  

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