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Agriculture, élevage et alimentation

 

De la cueillette à l'industrie agroalimentaire
De l'agriculture primaire à l'agriculture sans sol
Agriculture biologique
Agricultures parallèles
Agriculture raisonnable
Elevage: Nécessité ou mode alimentaire?
Alimentation: efficacité alimentaire

 

Agriculture


De la cueillette à l'industrie agroalimentaire

Nos ancêtres vivaient des baies et autres fruits de la nature qu'ils cueillaient, des poissons qu'ils pêchaient et de la viande des animaux qu'ils chassaient. Quand la nourriture se raréfiait ils déménageaient pour trouver un territoire plus prospère, et ainsi de suite.

Puis vint le temps où ils comprirent que faire pousser des végétaux et stocker les récoltes était plus avantageux que la cueillette aléatoire, et que pratiquer l'élevage était plus sûr et moins risqué que la chasse. Les déménagements besogneux et incertains du nomadisme furent progressivement abandonnés au profit de la sédentarisation. Les populations produisent leur nourriture végétale en cultivant la terre, et leur nourriture carnée en pratiquant l'élevage. Fixés sur un territoire ils créent désormais des habitations plus durables et plus confortables que leurs précédents abris, et s'organisent en villages.

Les plus forts - ou les plus malins - une minorité, s'approprient terrains, récoltes et bétail. Les autres, les plus nombreux, obtiennent leur subsistance par le travail qu'ils fournissent aux premiers. Depuis ce temps à nos jours, en passant par le moyen-âge, culture et élevage se perfectionnent, se rationalisent, se mécanisent, s'automatisent, se maîtrisent et se programment … Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale l'agriculture s'est industrialisée à une vitesse phénoménale pour devenir l'industrie agroalimentaire que nous connaissons aujourd'hui.

De l'agriculture primaire à la culture sans sol

Au début de l'agriculture, la nature fournissait les graines, le ciel fournissait l'eau, l'oxygène et le carbone (le CO2 nécessaire pour fabriquer de la matière organique), le soleil donnait lumière et chaleur, le sol fournissait le support de culture et les autres éléments nutritifs (N= azote, P= phosphore, K=potasse, Ca= calcium) ainsi que d'autres oligoéléments nécessaires à la croissance des plantes.

Les premiers agriculteurs ne faisaient que favoriser la croissance des plantes intéressantes en éliminant les autres. Puis ils découvrirent que le travail du sol et le semis des graines récoltées sur les plantes intéressantes permettait de ne faire pousser que ces dernières… enfin presque, parce que la nature faisait tout de même pousser d'autres aussi, bientôt appelées "mauvaises herbes" et qu'il fallait éliminer par binage. Mais bientôt, nos ancêtres agriculteurs furent déçus en découvrant que leurs récoltes diminuaient progressivement et inexorablement. Cependant, ils finirent par comprendre que les réserves du sol s'épuisaient et qu'il convenait de restituer au sol ce qu'on lui prenait par les récoltes. C'est ici que commence vraiment l'agriculture raisonnée.

Les premiers amendements ont pendant assez longtemps consisté à épandre sur les terres cultivées les déjections animales mélangées aux litières: le fameux fumier. Les rendements furent ainsi maintenus, voir même améliorés lorsque l'on augmenta la quantité de fumier disponible, en additionnant à la litière des animaux, fougères, feuilles et autres végétaux provenant des surfaces non cultivées.

Si, à cette époque on avait compris que le fumage des terres améliorait les rendements, on ne savait pas encore pourquoi. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour commencer à comprendre que la chimie et la microbiologie du sol ont une importance considérable sur la croissance des plantes. En 1840, le chimiste allemand J. Liebig (1803-1873) énonce que les plantes ne peuvent absorber que des éléments chimiques simples ce qui nécessite que la matière organique incorporée au sol (le fumier de ferme) soit préalablement dégradée par les microorganismes du sol pour pouvoir être utilisée par les plantes. Il émet deux lois qui deviendront les lois fondamentales de l'agronomie:

  • 1- La loi de restitution (pour entretenir la fertilité du sol il faut lui restituer ce que les récoltes lui ont enlevé) et
  • 2- la loi du minimum (le rendement d'une culture est limité par celui des éléments fertilisants qui le premier vient à manquer et qu'il convient de compenser ce manque par un apport, sous forme d'engrais).


La douve minimale conditionne la capacité maximale

On commença, dès lors, à importer le guano récolté sur les côtes rocheuses du Pérou (fientes d'oiseaux marins, riche en azote, accumulé pendant des siècles, parfois sur plusieurs mètres d'épaisseur), puis les nitrates du Chili. En 1855 et 1857 on enregistre la création des premières usines de superphosphates en Allemagne. Les américains suivirent vers 1865 et les français après la guerre de 1870 (Saint-Gobain: Chauny 1871 et Montluçon 1872).

Les résultats des travaux de Pasteur ne commenceront vraiment à être appliqués à la microbiologie des sols agricoles qu'à partir de la seconde moitié du 20ème siècle. On découvrira alors une chaîne complexe de microbes, bactéries et champignons microscopiques qui interviennent dans la transformation de la matière organique ; transformation nécessaire pour la minéraliser et la rendre accessible à l'absorption par les racines des plantes.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la production d'engrais chimiques pour l'agriculture n'a cessé de croître. En 2007, la France en consommait 3,8 millions de tonnes dont environ 60% d'engrais azotés, 25% de phosphates et 15% de potasses.


Chacun de ces big bags d'engrais pèse 1 tonne!

Les résultats ont été si spectaculaires sur les rendements des cultures, que l'agriculteur a oublié que le sol est un "garde manger" vivant. Il s'est mis à considérer que le sol n'est qu'un simple support de culture et que les rendements ne sont dus qu'aux apports d'engrais chimiques. L'industrialisation de l'agriculture est telle qu'aujourd'hui maraîchers et horticulteurs se lancent dans la culture hors sol, dite culture hydroponique. On remplace le sol par un substrat inerte (laine de roche, sable, pouzzolane, billes d'argile, …) ou d'autres supports inertes; on y sème les graines et des tuyaux apportent les éléments nutritifs dans une solution aqueuse dont on contrôle le débit, la température et la teneur en différents ingrédients.


Cultures sans sol. Seule la chimie ---> dans nos assiettes

Comme aux temps préhistoriques, quelques petits malins ont continué à contrôler l'agriculture en inventant des incontournables comme des machines hyper sophistiquées, des robots, des indispensables produits phytosanitaires, des graines à génome augmenté mais qui ne produisent qu'une seule fois et qu'il faut donc racheter tous les ans! Ces petits malins se nomment : Syngenta (Suisse), Bayer (RFA), BASF (RFA), Dow AgroSciences (Etats Unis), Monsanto (Etats Unis), Adama (Chine),….

Une page spéciale agriculture est disponible ici qui détaille ce qu'est un sol cultivé et comment poussent les plantes.

 

Agriculture biologique

La production agricole industrialisée, si elle permet de nourrir quantitativement une bonne partie de la planète, n'a pas que des avantages. Les qualités gustatives des produits imprégnés de chimie tendent à disparaître et sont remplacées par des molécules elles-mêmes chimiques: additifs alimentaires et "exhausteurs de goût". Mais c'est surtout la consommation de produits chimiques résiduels qui présente des risques pour la santé et qui engendre dans la population une certaine défiance de plus en plus marquée.

Face à cette agriculture devenue chimique, une autre agriculture tend à se mettre en place pour satisfaire une demande de qualité qui s'exprime de plus en plus fortement. C'est l'agriculture biologique qui produit, suivant un cahier des charges strict, des aliments sans engrais chimiques et sans pesticides.

Ce type de culture nécessite beaucoup plus de main-d'œuvre (désherbage manuel ou mécanique) et occasionne un moindre rendement. Les produits bio sont donc plus chers. Mais ils sont meilleurs au goût et plus sûrs pour la santé. C'est pourquoi le marché bio est en pleine expansion et connaît une croissance de 10% par an.

Malgré la demande, l'agriculture bio ne représente encore aujourd'hui en France que 4% du marché alimentaire (un peu plus de 7 milliards d'euros) pour 5% des surfaces agricoles cultivées (SAU). Les techniques culturales respectent davantage l'environnement et la vie microbiologique des sols. Les paysans bio contribuent à léguer aux générations futures un outil de production alimentaire en bien meilleure santé que les terres "chimifiées".

 

Agricultures parallèles


En parallèle de ces deux types d'agricultures, on assiste à des tentatives de retour vers une production agricole plus authentique et plus proche de la nature.

L'Agroécologie a émergé en France à partir des années 1970; elle prône une agriculture qui intègre, dans sa pratique, le respect de la nature et son intégration au même titre que l'économie, le social et le politique. Parmi ses principaux promoteurs on trouve René Dumont, Dominique Soltner, Pierre Rabhi.

L'Agriculture biodynamique, proche de l'agroécologie, intègre l'influence supposée des astres dans la gestion du système agricole (semis, récolte…)

Les résultats concrets de ce second procédé semblent plus "annoncés" que fondés sur des résultats réels et dûment chiffrés. Pour s'en faire une idée, il est intéressant de lire un compte rendu de visite faite par l'AFIS (Association Française pour l'Information Scientifique) de l'Ardèche.

La Permaculture est un terme issu de l'expression "permanent agriculture" utilisée par l'agronome américain Cyril G. Hopkins et Franklin Hiram King (1910). Au-delà de l'agriculture, la permaculture se veut à la fois une éthique, une philosophie, une science et une méthode de conception, d'organisation, de production et d'aménagement de systèmes écologiques et humains. Selon le site Brin de paille, la permaculture existe, dans la pratique, depuis que l'Homme a commencé à se sédentariser, à domestiquer la nature et les animaux. L'Homme doit s'inspirer des formes existantes de la nature pour créer un biotope favorable à son épanouissement. La permaculture ne requiert pas de labour du sol. Elle fait cohabiter différentes plantes sur une surface commune de façon à profiter des interactions supposées de l'une sur l'autre et de façon à garder un sol toujours occupé.

L'Agrologie, selon ses promoteurs Claude et Lydia Bourguignon, est une science qui postule que l'agriculture durable doit se baser sur la compréhension des lois du sol, texture, structure, microfaune et microflore, afin de restaurer leur fertilité et ainsi améliorer les productions. Selon ces auteurs, le recours massif aux engrais et aux pesticides "tue" le sol et le rend stérile. Les affirmations de ces auteurs sont très controversées, comme par exemple ici sur le blog de Philomenne.

L'Evergreen agriculture a été inventée en Inde et est promue par la recherche en agroforesterie. Il s'agit d'un ensemble de techniques d'agriculture biologique compatibles avec des apports limités d'engrais et de rares produits phytosanitaires. caractéristique principale est de s'insérer dans un écosystème de production complexe: jusqu'à 20 à 30 activités productives articulées les unes avec les autres.

Agriculture raisonnable


L'objet premier de l'agriculture est de nourrir l'Homme. Or, depuis plus d'un siècle nous assistons à une dérive de l'objectif. En effet, l'agriculture est passée progressivement aux mains de l'agro-business qui ne s'embarrasse pas de considérations de qualité, ni de considérations de santé, ni de considérations écologiques, ni d'économie durable. Sa seule considération est pour le profit immédiat.

C'est la prise de conscience de cette dérive qui a amené certains agriculteurs à refuser le tout chimique et à lancer une sorte de contre pouvoir en créant la filière de l'agriculture biologique.

Dans la foulée, des petits groupes - souvent des intellectuels plus que des agriculteurs - ont voulu créer leur propre "chapelle" d'agriculture parallèle qui prône une agriculture en harmonie avec la nature et l'environnement. Certaines de ces "chapelles" (telle le couple Bourguignon) se servent opportunément du vent porteur pour assurer leur petite entreprise créée par dissidence de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique). D'autres y mettent une dose de foi en des principes dits biodynamiques qui, sans être vraiment dérangeants, n'ont jamais fait la preuve de leur efficacité. D'autres encore, à l'instar de Pierre Rabhi, y incluent une dose d'ésotérisme. De même les permaculteurs semblent plus proches des anciens soixantehuitards qui partaient sur le Larzac pour vivre de l'élevage de chèvres, que de véritables agriculteurs producteurs.

Car si l'on peut vivre individuellement d'un grand potager exploité en permaculture, il n'est pas pensable que chacun des quelque 30 millions de ménages français devienne autonome sur le plan alimentaire. En un mot ces initiatives, aussi sympathiques soient-elles, ne peuvent pas être qualifiées d'agriculture de substitution.

Une agriculture raisonnable serait une agriculture conçue pour nourrir l'Homme à long terme. Ce qui suppose

  • 1 - qu'elle soit suffisamment productive pour nourrir l'ensemble des humains de la planète: plus de faim, plus de mal-nutrition, plus de mal-bouffe;
  • 2 - qu'elle soit suffisamment respectueuse de la nature et de la planète pour ne pas la piller, sans considération pour les générations futures.

L'agriculture biologique semble pouvoir répondre à ces impératifs aux conditions

  • 1 - qu'elle puisse produire la quantité alimentaire nécessaire à l'ensemble de l'humanité
  • 2 - à un prix qui la rende accessible à l'ensemble de cette humanité et pas seulement à ceux qui ont plus de moyens que les autres.

Pour produire suffisamment il est nécessaire d'aider la nature par des apports raisonnables d'engrais et un recours très limité aux pesticides, les deux ayant montré leur potentiel nocif lorsqu'ils sont utilisés sans discernement.

Cela suppose que l'agriculteur produise hors du système productiviste car ce système l'oblige à produire toujours plus pour pouvoir rembourser ses emprunts au "crédit dit agricole et dit mutuel".

Selon Joseph Pousset, Ingénieur agronome et céréalier bio dans l’Orne, si toutes les surfaces agricoles de la planète étaient cultivées en bio, elles nourriraient sept milliards d’habitants. A lire sur Ouest-France agriculture du 16/11/2017.

 

Elevage


L'élevage: nécessité ou mode alimentaire?


Pour penser (ou repenser) l'agriculture il faut commencer par se poser la question: "A quoi sert l'agriculture?" La réponse est qu'elle sert à nourrir les humains. Or il y a plusieurs façons de nourrir l'Homme. On sait aujourd'hui déterminer ses besoins en quantité et en qualité. On sait qu'il a besoin:

  • 1° - d'eau
  • 2° - d'énergie (calories provenant de la digestion des aliments)
  • 3° - d'éléments pour construire son corps: protéines, glucides, lipides, éléments minéraux
  • 4° - de vitamines et oligoéléments, nécessaires mais en très petite quantité .

C'est le rôle de l'agriculture de produire la troisième catégorie: les aliments.

Les besoins en protéines sont de 100 à 120 g par jour. Elles peuvent provenir de la viande animale, des poissons, du lait et dérivés du lait, mais aussi des végétaux comme les céréales, les légumes et légumineuses (dont la soja), les racines, les tubercules et les fruits...

Les besoins en glucides sont de 300 à 400 g par jour. Ce sont les grands pourvoyeurs d'énergie et sont essentiellement d'origine végétale. On les trouve dans les légumineuses, les céréales (farine, pâtes, riz) les pommes de terre (amidon), les fruits, les légumes, la betterave ou la canne à sucre.

Les lipides peuvent provenir des graisses animales liées à la viande, et des produits laitiers (beurre, saindoux, crème) assez peu du poisson, mais surtout des végétaux oléagineux (huiles et assaisonnements, chocolat, certains fruits secs (noix, avocats, cacahuètes).

Les minéraux, les oligo éléments et les vitamines sont normalement apportées en quantité suffisante par une alimentation variée.

Ce premier tour d'horizon montre que tous les éléments utiles à notre nourriture peuvent se trouver dans le monde végétal et que, donc, on pourrait facilement réduire (sans forcément supprimer) notre consommation de viande sans risque pour notre santé ou notre longévité.

 

Alimentation


Efficacité alimentaire

En matière d'élevage on évalue l'efficacité de la transformation en viande de l'aliment consommé en mesurant la quantité d'aliment sec qui est nécessaire pour produire 1 Kg de viande. Cette efficacité alimentaire se mesure facilement et est exprimée par un taux de conversion alimentaire TC, encore appelé indice de consommation IC.

Exemple: TC = 3 signifie qu'il faut 3 kg d'aliment sec pour produire 1 kg de poids vif animal.

Tous les animaux n'ont pas la même efficacité alimentaire. Ainsi
---> un saumon n'aura besoin que de 1,2 Kg d'aliment sec pour produire 1 Kg de chair,
---> pour un poulet de chair TC se situe entre 2 et 3 suivant le mode d'élevage (Source),
---> pour un porc charcutier TC est de 2,8 (Source),
---> pour un taurillon (jeune boeuf) il est de 7. (Source).
---> pour une vache de réforme TC peut aller jusqu'à 20.


Comparaison du saumon élevage et sauvage

La première question qui se pose dès lors est: "Au lieu de manger 200 g de chair de saumon, au goût assez ???, ne vaudrait-il pas autant manger directement l'aliment distribué au saumon?" Car c'est ce que feraient sans doute avec bonheur les enfants des rues s'ils en disposaient: 11 millions en Inde, 445 000 au Bangladesh, 250 000 au Kenya, 200 000 à Kinshasa...(Source Wikipedia)

La seconde question est: "Si, sur tous les hectares qui sont cultivés pour nourrir les boeufs et les vaches on semait plutôt des cultures directement consommables par l'homme (blé, maïs, soja, légumes, fruits) ... on nourrirait 10 fois plus d'humains qu'en faisant transformer l'herbe, le maïs et le soja en viande par les bovins".

La troisième question se déduit des précédentes: L'élevage compte parmi les premiers producteurs de gaz à effet de serre (CO2 et méthane) et l'agriculture en général est l'un des plus gros pollueur en pesticides. Ne ferait-on pas d'une pierre deux coups en modifiant nos habitudes alimentaires?

 

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